21.10.2009

La première phrase..., de Dominique

Il se réveilla, il ouvrit les yeux. La chambre ne lui rappelait rien.

Rien. Ni le papier peint fané malgré les couleurs vives des années 50, ni le mobilier hétéroclite ; fauteuils, chaises, table de bureau parsemés et incongrus, ni le grand portrait d'une femme graphique qui le regardait de biais à travers les touches alertes du pinceau.

Il se rappelait bien la soirée de la veille où il avait atterri un peu par hasard, invité par cette amie de Paul qui lui avait jeté un "Tu irais bien dans mon dîner de ce soir!". Il se demandait encore en quoi il devait convenir à ce dîner bigarré mais fade : sa "belle gueule" tranchait-elle au milieu de ces figures plâtreuses, sa chemise à l'imprimé liberty était-elle en harmonie avec le bric-à-brac indo-hispanisant de l'intérieur de la donzelle délurée...peu importe, il s'était encore une fois retrouvé dans une situation inattendue mais sans charme et sans réelle surprise.

Car depuis longtemps, il l'attendait la surprise, il guettait l'inattendu, chassait le merveilleux.

Il discutait avec les uns, avec les autres, essayant de passer quelques minutes et pourquoi pas quelques heures. Mais rien, il ne trouvait aucun intérêt à ces personnes, aucun intérêt pour leur personnalité, pas la moindre envie de poursuivre en ce lieu.

Ces pâles figures ne l'inspiraient décidément guère. Il cherchait désespérément la présence de Paul avec qui il pourrait échanger quelques mots, quelques complicités qui lui redonneraient du courage. Mais Paul était parti chercher un invité à l'aéroport.

Il se consola près du bar où une bouteille de whisky lui faisait passer le temps en attendant le retour de Paul.

Après quelques lampées appropriées les évènements prirent une autre tournure. Non pas que le whisky le saoulait, mais un petit groupe sortit sur le balcon, il décida de les suivre. "Enfin de l'action" se disait-il... Même pas, la discussion était aussi ennuyeuse à l'extérieur que dans le salon!

C'est en franchissant la baie vitrée qu'il se prit le pied dans les rideaux...

Berlin..., d'Isabelle

Nous arrivons dans la grande ville. Nous avons voyagé toute la nuit.

A peine le pied posé au sol, j’ai déjà hâte de me souvenir de ce voyage en bus, ma tête déjà vers un ailleurs.

Ce n’est pas la première fois que je me disais souvent : «  l’ailleurs est ici ».

Or, pour une fois, je laissais en vrac les casseroles lourdes de nos tracas, enfin tout ce qui peut alourdir un être humain qui en secret préfère avoir des ailes pour mieux…

Dans n’importe quel moyen de transport en l’occurrence le bus, son ballotement répété berce et annule les tensions.

De la lucarne de la fenêtre embuée, j’aperçois les lumières acides d’une Belgique qui ne m’est pas méconnue : je ne sais encore si elle aura des airs de l’Allemagne.

En tous cas, les feux tricolores sont caricaturalement gros, histoire de redire aux usagers des véhicules : «  la vie c’est là Stop ; ne grille pas les feux même si ça te grise ». C’est comme une épée de Damoclès ; peur d’être tranché avant l’heure !

Drôle de considération de ce constat routier pour parler de la vie !

Les corps moites, le sommeil d’une mauvaise nuit, les corps engourdis dans des postures invraisemblables. Ce serait mieux de coincer mon pied à droite jusqu’à ce qu’il ne supporte plus de porter cette jambe. Impossible à vrai dire de fixer sa charpente.

Lorsque tout à coup, les ondes matinales, les 1ers rayons dégagent la vue urbaine.

Nous entrons dans la dépaysante ville de Berlin.

Je n’ai pas encore de mots pour la dire.

Je scrute ce paysage horizontal de ce métro aérien permettant d’embrasser le volume plein de la cité. Je n’ai pas encore de mots pour la dire.

Pas envie de dire ou de comprendre le passé de cette ville.

Aujourd’hui des no man’s land laissant trace d’une destruction.

Elle s’impose à moi et je décide de l’apprivoiser pour ce qu’elle est avec ses contrastes, ses défaillances, ses fulgurances, ses rugosités, ces casseroles laissées d’où je viens, reviennent de manière légère dans mon actualité.

Je suis désormais une éponge voulant tout absorber.

Le temps ne se fait pas humide !

Lumières douteuses, formes incertaines, masses qui sortent d’une nuit agitée, la ville semblait se dévoiler petit à petit, gardant pour elle son intimité, me révélant des détails incongrus ou touchants.

Je me laissais balloter, appréciais le moment où seules mes impressions, mes sensations visuelles me servaient de guide. J’avais encore le temps. Nous devions retrouver Isabelle

Vers 11h tout du moins, si elle pensait rallumer son portable ; autant dire que nous avions une éternité devant nous !

L'incipit

Proposition en 2 temps

Temps 1.

A partir de la première phrase d’un roman (qu’on appelle aussi incipit), que vous allez choisir parmi la liste qui suit, écrivez le début d’un récit.

Temps 2

Chacun va donner son début de récit à son voisin, qui va finir le récit de telle façon qu’on ne percevra pas le changement d’auteur (respect du sujet, du style).


« Il se réveilla, il ouvrit les yeux. La chambre ne lui rappelait rien ».

Paul Bowles, Un thé au Sahara, Gallimard, collection « L’imaginaire », 1952.


« La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide ».

Louis Aragon, Aurélien, Gallimard, 1966.


« Vendredi soir, j’étais invité à une soirée chez un collègue de travail ».

Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, 1994.


« Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient ».

Jean-Marie Le Clézio, Désert, Gallimard, 1980.


« La pluie arrive vers sept heures du soir. »

Christian Bobin, Isabelle Bruges, Le temps qu’il fait, 1992.


« Je serai quand même tout à fait mort enfin. »

Samuel Beckett, Malone meurt, Minuit, 1951.


« Le vingt-cinq septembre douze cent soixante-quatre, au petit jour, le duc d’Auge se pointa au sommet du donjon de son château pour y considérer, un tantinet soit peu, la situation historique. »

Raymond Queneau, Les fleurs bleues, Gallimard, 1965.


« Ca a débuté comme ça ».

Louis Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Gallimard, 1952.


« Je ne sais pas quand cet enfer finira ».

Horacio Quiroga, « La langue », dans Anaconda, Anne-Marie Métailié, 1988.


« A quelques miles au sud de Soledad, la Salinas descend tout contre le flanc de la colline et coule; profonde et verte ».

John Steinbeck, Des souris et des hommes, Gallimard, 1949.


« Je suis chez ma copine Rita. On boit le café, on fume, et je lui en parle ».

Raymond Carver, « Obèse », Tais-toi, je t’en prie, Mazarine, 1987.


« Nous arrivons dans la grande ville. Nous avons voyagé toute la nuit ».

Agota Kristof, Le Grand Cahier, Le Seuil, 1986.